Tony Curtis



C’était en 1995, dans une soirée de clôture du festival des Orangers à Rabat. Avec mon épouse, nous avions le privilège de faire partie d’une centaine de convives dans une résidence privée. Sylvester Stalone devait y faire figure de Guest star, suite à la projection en avant-première dans l’après-midi de l’un de ses films. Mais, c’est Tony Curtis qui l’avait remplacé pour cette réception. Tenue de soirée, costume noir, nœud-pape, il était aligné avec nos hôtes pour accueillir tous les invités de la Jet Set marocaine. Les uns après les autres, ils le saluaient de manière très courtoise et distinguée.

Je ne sais pas ce qui m’avait pris, mais arrivé à son niveau, je me sentais tellement décontracté et content de lui serrer la main que je me suis laissé tenter par une exclamation plutôt extravagante. « Hi, Tony ! » lui lâchais-je, « You're welcome ! ». C'est dans les secondes qui suivirent que je me suis rendu compte que je l'avais appelé par son prénom, comme si on se connaissait depuis des lustres. Tout en me souriant et en me chuchotant un petit « thank you », j’ai vu la lueur de surprise qui brillait dans les yeux de Sir Curtis. Le hasard a fait, par la suite, que nous étions installés à des tables voisines. L’acteur d’ « Amicalement vôtre » n’a pas cessé de me regarder avec un air interrogateur et pas si « amical » que ça. J’en avais déduit que, soit il se demandait où l’on s’était déjà rencontré pour avoir été si familier avec lui, soit qu'il pensait que j’étais un invité sans-gêne, voir arrogant.

Tout au long de la soirée, dès que je l’approchais, il changeait d’espace. Son attitude fuyante m’a fait pencher pour la seconde hypothèse. Cette anecdote nous a bien fait rire, mon épouse et moi-même, mais force est de constater que, vu de près, Tony Curtis, incarnait pour moi, définitivement, le flegme britannique. Stoïque, courtois, fier, souriant, sérieux, distant, charmeur, discret, … Il était tout ça à la fois et n’en demeurait pas moins l’un des grands acteurs de ces dernières années.

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