Daniel Balavoine



Dès que j'entends sa voix sur les ondes et à chaque commémoration d'anniversaire de sa perte, je ne peux m’empêcher de penser à ce grand artiste, foncièrement humain, que j’ai eu la chance de côtoyer un soir de 1981. Je faisais partie du comité d’organisation de notre soirée de gala annuelle des étudiants de MSG et nous avions choisi, cette année-là, d’inviter Balavoine. Il était au sommet de son art à l’époque. Cela se passait au Macumba de Lomme et je me souviens qu’une demi-heure avant le spectacle, il était venu au grand salon qui faisait office de bar au fond de la salle. Décontracté et accompagné de quelques musiciens, il se tenait debout au milieu de quelques membres de notre comité.

C’est tout naturellement que je me suis joint à la troupe pour échanger avec l’auteur de « l’Aziza ». Nous avions discuté comme si nous étions une bande de potes et Daniel n’avait pas cessé de nous interroger sur nos études, les débouchés du diplôme, les métiers qui nous semblaient destinés, … Nous avions tellement bien « vendu » notre formation que Daniel Balavoine nous avait perçus comme des jeunes privilégiés étudiant dans l'une de ces grandes écoles privées où il fallait faire partie d'une famille fortunée pour s'y inscrire.

La salle avait sombré quelques secondes dans le noir complet. Puis, au fur et à mesure de quelques notes de piano, des petits cœurs rouges s’illuminaient sur la scène. Ils étaient accrochés sur les vestons des musiciens et sur celui de Daniel. C’était le début du spectacle. Il l’avait démarré avec la chanson « Lipstic ». Un tube qui vante le brassage des cultures et dont le refrain est traduit en plusieurs langues. Dès la fin de cette séquence d'introduction, Daniel nous avait lancé au micro avec un large sourire « Bonsoir les p’tits bourges ! ». Venant de sa part, l’expression semblait tellement sympathique et avenante qu’aucune de nos âmes d’étudiants révolutionnaires de l’époque ne pouvait lui en tenir rigueur.

Tels sont les moments forts que je garde en mémoire de cette soirée et de cet homme, humble, engagé, cool, intelligent. Un robin des bois des scènes ! Le genre d’homme et d’artiste qui partent trop vite dans un monde qui manque cruellement d'humanistes dans son genre.


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