Backcast, la démarche qui aurait pu permettre d’anticiper la pandémie du Coronavirus


Imaginez une journée, ou un séminaire résidentiel, où des responsables sanitaires et institutionnels, organisés en équipes projet, sont invités à mener une réflexion sur les solutions à mettre en œuvre pour faire face à une situation de pandémie. Vous venez alors d’imaginer l’animation d’un atelier Backcast. Une démarche prospective qui permet de « voir le présent les yeux du futur ».

Dans cet exercice, qui consiste à faire un voyage dans le temps, les participants explorent les risques potentiels dans les années à venir, à l’échelle d’une entreprise, d’une région ou d’un pays, afin de se préparer à y faire face. Grâce aux expertises multidisciplinaires des équipes projet, l’atelier permet de dresser un inventaire de risques, aléas potentiels et impacts induits afin de produire des solutions permettant de faire face à une situation dont la dramaturgie est délibérément poussée à son paroxysme. Les différentes propositions sont ensuite rassemblées, analysées et structurées de manière à élaborer un « manuel de procédures » prêt à l’emploi en cas de catastrophe pandémique.

Prévoir l’imprévu !

Tel est le fondement de la démarche Backcast qui a donné lieu aux concepts « d’intelligence positive » et de « management du futur ». Plusieurs questions, qui semblent évidentes aujourd’hui, auraient pu être anticipées et faire l’objet de débats et de résolutions prospectives. Que faire si le virus n’est pas identifié ? Quelles procédures mettre en place ? Comment mener les recherches ? Quels sont les signaux d’alerte ? A quel moment considérer que c’est grave ? Comment arrêter l’épidémie ? Comment éviter la pandémie ? Quelles consignes communiquer ? Comment les faire respecter ? Comment optimiser les moyens hospitaliers ? Comment gérer les transferts pour optimiser la répartition géographique des soins ? Quels personnels, métiers et secteurs d’activité mobiliser ? Comment motiver les troupes ? Y-a-t-il des opportunités économiques, sociales ou environnementales à saisir dans cette situation ? Comment financer les différentes mesures à mettre en place ? Comment gérer la sortie de crise ?... Chaque question, faisant l'objet d'un atelier spécifique, nécessite une réflexion concertée et ne peut faire l’économie d’un débat avisé pour apporter les réponses adéquates. Car de la qualité des réponses dépend le nombre de vies qui pourraient être sauvées dans ce type de scénario-catastrophe.

La simulation, un gage de sérénité

Le fait d’anticiper ce type de crise en rassemblant des participants dans un contexte convivial et propice à la créativité aurait offert plusieurs avantages. D’une part, un gain de temps considérable par rapport aux réunions organisées dans des situations d’urgence. D’autre part, les solutions préconisées auraient été plus pertinentes et plus rapides à mettre en œuvre que les décisions hâtives prises dans le feu de l’action. Enfin, la définition de procédures en amont, associée à une roadmap ou à une planification préétablie, aurait offert non seulement une optimisation des résultats escomptés mais aussi une sérénité de gestion et de coordination des différentes actions préconçues pour faire face à une situation tragique. Ainsi, en s’illustrant comme un simulateur d’exploration des « futurs probables », la démarche Backcast opère comme si les participants disposaient d’une « machine à remonter le temps » qui leur permet de s’y prendre autrement afin de choisir la bonne trajectoire pour construire un « futur souhaitable ». L’avantage de la simulation est que l’on peut se permettre d’adopter une pédagogie par l’échec alors que, dans la réalité du terrain, chaque erreur peut être fatale et donner lieu à des pertes humaines.

Comment anticiper devant la réalité ?

Malheureusement, aujourd’hui, la pandémie est déjà là ! Que peut-on faire alors ? Faute de l’avoir anticipée, nous pouvons, d’une part, la traiter comme un exercice réel et, d’autre part, anticiper la suite en traitant les clignotants d’alertes relatifs aux conséquences économiques qui pourraient être tout aussi dramatiques sur le plan social. Les pouvoirs publics seraient donc bien inspirés s’ils organisent des ateliers parallèles à leurs cellules de crise pour, d’une part, créer un « manuel de capitalisation d’expérience » en tirant les leçons imposées par la situation et, d’autre part, s’atteler à l’élaboration d’un « manuel de procédures » pour faire face aux défis économiques qui nous guettent au lendemain de cette crise sanitaire inédite.

Pour en savoir plus sur la démarche Backcast et sur les méthodes prospectives évoquées dans cet article, lire l’ouvrage « Intelligence positive et management du futur » paru le 24 mars 2020 aux éditions Pomdam, disponible sur www.pomdam.fr

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